idea.gif En France peut-être plus qu'ailleurs, nous avons le respect des mots. En digne héritiers de Voltaire, notre relation à l'écrit est presque charnelle, sacrée. Or, notre siècle est celui de l'image, de la vitesse. Un monde où les mots semblent être relégués au second plan alors qu'il y a encore un siècle, ils régnaient sans partage. Pour beaucoup, l'arrivée d'Internet serait l'ultime stade de la décadence des mots, déjà malmenés par le diktat de la télévision et de l'image-reine. Et si, au contraire, Internet était le meilleur moyen pour sauver l'écrit? Il n'y a qu'à y surfer quelques minutes pour s'en rendre compte: l'écrit domine totalement le réseau des réseaux! Du courrier électronique aux mots clés utilisés par les moteurs de recherche en passant par les news-groups, tout nous ramène aux mots. Tous les échanges se font par écrit. Même si le Web est illustré par quantité d'images, celles-ci sont figées. Les mots, eux, vivent. Paradoxe: cette "société de l'information" demeure avant tout une société scripturaire Qui écoute entièrement les 50 messages de son répondeur téléphonique ? Alors que le tri de sa boîte électronique sera toujours fait MEME quand celle-ci croule sous les e-mails. Conséquences? On crée une écriture enrichie par les nouvelles fonctionnalités offertes par Internet. L'introduction de l'immédiateté dans les échanges sur le réseau bouleverse notre rapport à l'écrit. Le décalage entre la pensée et sa traduction en caractères eux-mêmes formant des mots et des phrases est chamboulé. Avec Internet, nous arrivons à une écriture en temps réel, où les mots collent au plus près de la pensée. De même, nous découvrons que l'écrit est productif en information. Derrière chaque mot, une idée. Derrière chaque lien hypertexte, d'autres pages Web... remplies de mots! Cette constatation démontre l'opposition entre une démocratie éclairée de la culture et la démocratie obscure de la technique. Jamais, depuis l'invention de l'imprimerie, la technique n'a été plus étroitement mise au service de l'intelligence qu'avec l'informatique. Les nouvelles technologies prolongent et intensifient des modes de culture liés à une culture fondamentale, celle de l'écriture, de notre capacité à trier des informations, à organiser notre réflexion à partir d'elles, à communiquer par écrit avec des interlocuteurs qu'on ne connaît pas forcément.


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